Les Soeurs de Charité de Saint Charles

Engagement définitif

Ce 15 septembre 2018,

    nous avons vécu une très belle célébration, fervente et joyeuse, 

à l’occasion de l’engagement définitif dans notre Congrégation de

Sœur M. Alexandre et Sœur M. Prisca, 

avec la participation des familles et connaissances de nos Sœurs, de nos communautés et des amis de la Congrégation.

Monseigneur Papin était entouré d’une douzaine de prêtres et deux diacres.

Monseigneur Papin prononça l’homélie à partir des textes choisis par les Professes :

Gn 12, 1-4 ; Ph 3, 8-14 ; Jn 15, 9-17

             « Nous venons d’entendre les trois lectures que nos Sœurs ont choisies pour la célébration de leur Profession perpétuelle. La première lecture nous a relaté la vocation d’Abraham. C’est le premier récit de vocation que nous livre la Bible. C’est donc un récit emblématique, d’autant plus qu’il s’agit de la vocation de celui que nous appelons le Père des croyants, et qui est à l’origine du Peuple de Dieu. Nous y trouvons les éléments fondamentaux de toute vocation. C’est probablement pour cela que nos Sœurs ont choisi ce récit en première lecture Que pouvons-nous en retenir ?

D’abord que nous sommes fondamentalement des appelés. Tout d’abord, appelés à la vie. C’est l’appel premier, l’appel originaire sans lequel nous ne serions rien. Que ce soit donc l’occasion de faire mémoire de nos parents par lesquels nous sommes venus au monde. C’est le Seigneur, qui, à travers eux, nous a appelés à la vie.

 

Mais l’appel ne se limite pas à l’origine de notre existence. Il demeure une réalité permanente sans laquelle une personne ne pourrait ni grandir ni s’épanouir. On le voit malheureusement chez des enfants, des jeunes et des adultes qui ne sont jamais appelés à quoi que ce soit ni attendus par qui que ce soit. Ils ne peuvent que végéter et dépérir, voire même disparaître. Rendons grâce à Dieu pour toutes les personnes qui, depuis notre enfance jusqu’à aujourd’hui, ont manifesté qu’elles attendaient quelque chose de nous, qu’elles nous faisaient confiance et nous appelaient à aller de l’avant. A travers elles, c’est le Seigneur qui nous appelait à une vie plus pleine, plus épanouie.

Le récit de la vocation d’Abraham nous dit aussi que dans toute vocation, il y a un appel à quitter une condition antérieure pour une autre dont nous ne savons pas avec certitude ce qu’elle sera. C’est ainsi que Dieu dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai ». Se référant à ce récit, l’auteur de la lettre aux Hébreux précise qu’Abram partit sans savoir où il allait. Tout jeune, il veut grandir et s’épanouir, fait cette expérience de devoir quitter sa maison et ses parents pour aller vers un avenir qu’il ne maîtrise pas d’avance. L’appel à la vie est une aventure dont la route n’est pas tracée d’avance. Il n’y a pas de GPS sécurisant qui vous dit s’il faut aller tout droit, à gauche ou faire demi-tour dès que possible. Chacun doit lui-même tracer sa propre route, certes avec l »aide des autres, mais sans être déterminé par eux. Mais à l’appel à tout quitter qui est insécurisant, est assortie une promesse de fécondité et de plénitude : « Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai ».

Ce qu’à partir du récit de la vocation d’Abraham nous pouvons dire de la condition humaine comme vocation, nous pouvons le dire pour toute vocation à suivre le Christ. Les disciples sont disciples de Jésus, parce qu’il les a appelés et parce qu’ils ont répondu positivement à cet appel qui les a délogés. Quittant les uns leurs filets de pêche, d’autres leurs champs d’oliviers, leurs vignes ou leur troupeau, un autre sa table de percepteur d’impôts, ils se sont mis en route à la suite de Jésus, sans savoir où cela allait les conduire. Et s’ils ont pensé le savoir, ils ont dû rapidement abandonner leurs illusions et s’appuyer uniquement sur la parole de celui qui leur avait dit : « Nul n’aura quitté, à cause du Royaume de Dieu, une maison, des terres, une femme, des frères, des parents, des enfants, sans qu’il reçoive bien davantage en ce temps-ci et, dans le monde à venir, la vie éternelle ». Ce n’est pas un appel à considérer toutes ces réalités ordinaires de la vie comme des « ordures » ou des « balayures » selon l’expression étonnante de Saint Paul dans la seconde lecture. Voyons-y une invitation à ne pas tout miser sur ces réalités qui, quoique bonnes et respectables, n’en sont pas moins éphémères, mais à rechercher avant tout le Christ considéré comme bien suprême. Evoquant tous les avantages dont il bénéficie, Paul écrit : « oui, je considère tout cela comme une perte à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur ».

C’est cela que rappellent au milieu de nous celles et ceux qui s’engagent dans la vie religieuse. Par la Profession des vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, ils nous invitent non pas à devenir tous des religieux ou des moines, mais à mettre la priorité de notre désir là où elle doit-être, c’est-à-dire dans le Christ, que nous soyons mariés, veufs, célibataires, diacres, prêtres ou évêque. La vie religieuse n’est pas d’abord la recherche d’une perfection héroïque qui satisferait ceux et celles qui s’y engagent. Elle est un service rendu à chaque disciple du Christ, à chaque communauté chrétienne, à toute l’Eglise et à toute l’humanité, pour que nous avancions tous dans la bonne direction, ou du moins que nous ne nous engagions pas dans des impasses.

C’est pourquoi j’aime que dans votre Congrégation, on ait ajouté au trois vœux habituels le vœu de charité. Cela indique bien que la profession religieuse n’a de sens et de fécondité que si elle nous fait grandir dans l’amour de Dieu et donc du prochain, en particulier des plus déshérités et des plus fragiles.  Car, comme l’a écrit Benoît XVI dans son encyclique Dieu est charité, « fermer les yeux sur son prochain rend aveugle aussi devant Dieu ».

            Saint Paul a écrit que des trois vertus que sont la foi, l’espérance et la charité, « la plus grande des trois, c’est la charité » (1 Cor 13, 13). Il répercute ainsi l’enseignement de Jésus tel qu’il nous est donné dans l’évangile qui a été proclamé : « Mon commandement, le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12). Il n’y a pas de plus grand commandement que celui-là. Il s’agit d’un amour non en paroles, mais en actes, un amour qui agit, autrement dit un amour de charité.

Voilà, mes Sœurs, ce que vous avez mission de nous rappeler par votre engagement dans la vie religieuse, afin que nous le mettions en œuvre dans nos états de vie et missions respectifs. Soyez remerciées pour le service que vous nous rendez. Nous prions pour que vous soyez fidèles à votre mission et pour que ce signe que vous donnez ne nous manque jamais.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *